Délégationdu Val-de-Marne

Deuxième confinement

Odile, parle de son engagement

Témoignage

Odile, bénévole au Secours Catholique depuis 2012, coordonne depuis 2015 l’apprentissage du français au centre social du Kremlin-Bicêtre. Elle assure la logistique des cours et pallie aux absences des bénévoles « enseignants » si besoin. Elle en parle.

Odile, parle de son engagement

publié en janvier 2021

Nous avons cinq groupes : deux d’alphabétisation, trois d’apprentissage du français langue étrangère (FLE) de niveaux différents (pour débutants, intermédiaires et avancés), animés par un ou deux formateurs. Notre activité se déroule habituellement dans les salles de la mairie du centre social. Notre idée centrale est de permettre aux apprenants de mieux se sentir dans leur vie personnelle, de se socialiser davantage. Pour cela, nous ne nous limitons pas aux cours hebdomadaires, mais les encourageons et les aidons à s’inscrire dans les activités du centre social. Les bénévoles qui le souhaitent y participent également.

Avec les contraintes de distanciation, les groupes de cette année sont plus petits ; nous ne pouvons pas facilement multiplier les salles et les groupes. Les changements d’organisation et de lieu sont complexes pour les apprenants à cause de la langue et des autres contraintes. Le reconfinement est arrivé rapidement.

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Faire cours à distance rend la mission "sportive" et technique, mais pendant cette période, nous voulons éviter de laisser trop de personnes au bord du chemin. Les bénévoles se relaient pour rester en relation téléphonique avec les apprenants et proposer presque chaque semaine des cours individuels par téléphone. Les apprenants appellent parfois eux mêmes pour prendre des nouvelles. Certains travaillent de leur côté avec les manuels. Les apprenants envoient leurs exercices en photo et peuvent être corrigés. Le maintien de ce lien est plus facile avec les niveaux plus avancés. Cela peut aussi amener à les aider dans leurs difficultés comme dans leur demande d’asile par exemple.

Des groupes Whats’app ont aussi été créés pour échanger des petits messages, des images humoristiques. Grâce aux messages vocaux, les apprenants n’ont pas besoin d’écrire quand ils se sentent en difficulté. Et pour ceux qui le souhaitent, rédiger est aussi une manière de progresser, les bénévoles peuvent individuellement leur réexpliquer des points.

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On envisage aussi des appels en petits groupes via Whats’app. J’ai suivi une formation pour apprendre à distance. En lien avec un animateur multimédia du centre social, je me renseigne aussi sur d’autres outils pouvant exister. Je propose depuis peu un cours via Zoom à de nouveaux apprenants. Il faut commencer par stabiliser le groupe. Cela pose la question du nombre d’apprenants et de la méthode à adopter pour s’adresser au plus grand nombre. Se posent les questions sur la façon d’adapter la pédagogie aux personnes non alphabétisées : par images, par gestes… en donnant quelques mots de conversation courante du quotidien ? Cela prends du temps de trouver les bonnes méthodes.

Nous espérons pouvoir reprendre bientôt les cours en présentiel, car le confinement a été assez mal vécu. En attendant nous prévoyons une rencontre Zoom entre bénévoles. Prévoyant un déconfinement progressif, nous nous interrogeons sur la disponibilité des salles. Les nouveaux apprenants sont prévenus que leurs cours risquent d’être à distance toute l’année.

Cela ne change pas mon engagement, mais me donne l’idée de continuer peut-être des cours à distance, comme “petit plus”, alors que j’avais laissé la main. Cela donne accès à des ressources supplémentaires pour échanger via internet, par des vidéos…notamment pour les apprenants qui préparent un diplôme de français exigé pour l’obtention de leur titre de séjour. Cela peut être utile entre les cours, et peut apporter des réponses au manque de salle, même si cela pose la question du matériel.

Je suis confortée dans mon engagement par le fait d’être en relation plus directe avec les gens, de beaucoup communiquer et avec qui on tisse forcément une relation beaucoup plus personnelle. J’appréhende de plus près leurs difficultés, celles du moment présent quand j’appelle, comme par exemple le mail de la sécurité sociale qui n’a pas été reçu car la personne ne sait pas lire ses messages. On rentre plus facilement chez eux, on voit leurs indisponibilités, leurs réalités familiales, leur solitude parfois. Ils parlent plus qu’en "présentiel" au moment du cours. Cela donne une vision plus globale. On réalise vraiment ce qu’est la fracture numérique et comment elle peut handicaper la vie et perturbe la scolarité. Je ne pensais pas qu’elle était à ce point là, même pour des personnes qui parlent français mais qui n’ont pas accès à internet et autres. On voit la faiblesse des structures dans ce domaine. Face à la fracture numérique, on souhaite pouvoir agir, pourquoi pas faire du lien avec des structures informatiques locales.

Odile

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